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 Yémen - Crise interne ou conflit régional?

3/3/2010

 

YémenYémen - Crise interne ou conflit régional?
mercredi 11 novembre 2009
Le HCR estime que 175 000 personnes ont dû quitter leurs foyers depuis le début du conflit. AFP
Par Nicolas Falez
Le conflit entre le pouvoir yéménite et la rébellion houthiste dure depuis 2004.
Depuis quelques jours, l´Arabie Saoudite voisine intervient militairement,  en menant des raids aériens à la frontière. S´agit-il d´une guerre par procuration contre l´Iran, accusé de soutenir les rebelles ?

Comment est née la rébellion houthiste, issue de la minorité zaïdite du Yémen ?
Les zaïdites sont des musulmans chiites (mais cela n'est pas le chiisme duodécimain que l'on rencontre en Iran, en Irak ou au Liban).  Les zaïdites constituent une grosse minorité au Yémen : 45% de la population, la majorité étant sunnite. De nombreux dirigeants yéménites sont zaïdites,
sans toutefois revendiquer cette appartenance. C'est le cas notamment du président Ali Abdallah Saleh.
C'est au sein de cette partie de la population qu'est apparu au début de la décennie le mouvement houthiste dont on parle aujourd'hui. Samy Dorlian, spécialiste du Yémen et enseignant à l'Institut d'Etudes Politiques d'Aix-en-Provence revient sur la genèse de ce soulèvement :
« Les racines remontent au 17 janvier 2002. Ce jour-là dans la province de Saada, frontalière de l'Arabie Saoudite au nord-ouest du pays, un certain Hussein al-Houthi  qui était député de 1993 à 1997 du Hizb el-Haq,-qui est la principale expression organisationnelle du renouveau zaïdite-, donne une conférence dans laquelle il incite ses compatriotes à combattre l'hégémonie américaine sur le monde arabe et musulman (...). Or les autorités yéménites, engagées depuis le 11 septembre 2001 dans le partenariat de lutte anti-terroriste avec les Etats-Unis, ont récusé cette démarche.
Et (...) l'ambassade américaine a exercé des pressions sur le pouvoir yéménite qui a, en conséquence, procédé à des centaines d'arrestations. »
Le face à face entre le mouvement houthiste et le pouvoir yéménite prend une dimension militaire quand l'armée du Yémen lance une offensive en 2004 dans la région de Saada dans le Nord. Au mois de septembre 2004, Hussein al-Houthi est tué. Depuis, c'est son frère Abdel Malek qui dirige
l'insurrection qui a connu six phases de confrontation au cours des cinq dernières  années. La dernière a débuté le 11 août dernier et se poursuit.

Quelles conséquences de ces combats pour les populations civiles ?
Difficile de chiffrer le nombre des victimes, les différentes sources parlent de « milliers de morts ». Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés estime que 175 000 personnes ont du quitter leur foyer depuis le début du conflit.
Pour William Spindler, le porte-parole en France du HCR, « La situation humanitaire au nord du Yémen reste dramatique. La ville de Saada par exemple, est coupée du reste du monde à cause du conflit. L'accès à Saada est extrêmement difficile depuis le mois d'août, et la ville elle-même est complètement inaccessible depuis ces deux dernières semaines.
Les populations civiles vivent dans des conditions désespérées, faute d'accès suffisant à l'eau et à la nourriture. »
Plusieurs camps de déplacés sont apparus dans le nord du Yémen, notamment celui d'al-Mazrak, non loin de Saada, dans le Nord qui abrite 9 000 personnes.
Le HCR explique que ces réfugiés ont souvent dû fuir à plusieurs reprises, et qu'il s'agit de leur deuxième ou troisième point de chute depuis le début de la crise.

Pourquoi l´armée saoudienne est-elle intervenue ?
Le 3 novembre l'armée saoudienne a lancé des raids sur la zone frontalière.
On parle de la frontière sud du royaume saoudien au nord du Yémen, région montagneuse du Djebel al-Doukhan. L'Arabie Saoudite explique qu'elle vise des combattants yéménites houthistes,  infiltrés en territoire saoudien. La rébellion houthiste parle, elle, de bombardements qui frappent des villages sur le sol yéménite et mentionne des victimes civiles.
A propos de ses intentions, l'Arabie Saoudite explique qu'elle n'arrêtera ses frappes aériennes que lorsque les rebelles se replieront à des dizaines de kilomètres de la frontière.

Le conflit se régionalise
Il semble acquis que l'Arabie Saoudite intervient en coordination étroite avec le pouvoir yéménite pour porter un coup sévère à la rébellion.
Un pouvoir yéménite qui - de son côté - dénonce l'influence de l'Iran, accusé de soutenir la rébellion.
Alors assiste-t-on à une guerre par procuration entre les puissances sunnites de la région alliées des Etats-Unis (en premier lieu l'Arabie Saoudite) d'un côté et l'Iran chiite de l'autre ?
La tension régionale autour de l'Iran (et de ses alliés) pèse certainement.
Mais il faut être prudent dit le spécialiste du Yémen Samy Dorlian : « On a l'habitude de dire maintenant que c'est un conflit irano-saoudien par Yéménites interposés. Mais, ce n'est pas tout à fait le cas; d'abord parce qu'il n'y a pas de preuve concrète sur un lien organique entre les partisans
d'el-Houssi et l'Iran même si le slogan brandi par les partisans d'el-Houssi  a une certaine similarité avec la littérature iranienne et avec la littérature du Hezbollah libanais qui lui par contre a un lien organique avec l'Iran ».
Reste que la situation dans le nord du Yémen participe à cette tension entre les puissances sunnite et Téhéran.
Il suffit pour cela de citer le ministre iranien des Affaires étrangères : « Les pays de la région doivent sérieusement se garder d'intervenir » au Yémen, expliquait ces jours-ci Manouchehr  Mottaki avant de se faire menaçant en ajoutant : « Ceux qui jettent de l'huile sur le feu doivent savoir que la fumée
qui s'en élèvera ne les épargnera pas ».

Comment réagit la communauté internationale ?
Aux Etats-Unis, le département d'Etat s'est dit « inquiet de l'extension du conflit », et on peut imaginer l'angoisse de l'administration Obama de voir s'étendre et s'aggraver un conflit de plus dans cette région.
Et d'autres pays ont condamné « les violations de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Arabie Saoudite » sous-entendu par les rebelles. Cela semble indiquer un soutien implicite de l'Occident à la lutte du Yémen et du royaume saoudien contre ce mouvement houthiste.
Restent les conséquences, encore une fois, sur les populations civiles.
William Spindler du HCR adresse des demandes aux belligérants et à la communauté internationale :
« J'appelle les autorités saoudiennes à offrir un abri sûr et une assistance aux déplacés yéménites vulnérables qui pourraient chercher refuge de l'autre côté de la frontière. On appelle, poursuit-il, les parties au conflit à respecter les populations civiles et à respecter le personnel humanitaire et le travail qu'il accomplit ».

http://www.rfi.fr/contenu/20091111-le-conflit-yemen-regionalise

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