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 ÉTIQUETAGE- Les Algériens ne savent pas ce qu’ils achètent !

9/3/2010

ÉTIQUETAGE- Les Algériens ne savent pas ce qu’ils achètent !

La désinformation est-elle notre politique économique de communication ? L’information destinée au consommateur algérien reste superficielle, voire souvent fausse. Il suffit de faire un tour chez l’épicier du coin pour constater que les étiquettes, premier moyen d’information de certains produits de large consommation, ne répondent pas aux normes. Ce n’est pas la loi qui fait défaut mais plutôt son application.
Irane Belkhedim - Alger (Le Soir) - L’étiquetage est le premier devoir de l’opérateur, qui se doit d’informer le consommateur, lui expliquer le produit, l’orienter et le protéger. Il y a de cela cinq ans, l’Algérie avait révisé ses lois et mis en place de nouvelles procédures d’étiquetage afin de répondre aux exigences et aux normes internationales. Ainsi, le décret exécutif n°05-484 du 22 décembre 2005 est venu modifier et compléter le décret exécutif n° 90-367 du 10 novembre 1990. Imposée par l’économie de marché, cette démarche a du chemin à faire, car elle se fait difficilement respecter.

Ce que dit la loi
La loi est claire, et la protection du consommateur est son cheval de bataille. D’une manière générale, la réglementation algérienne précise les conditions d’étiquetage des produits, locaux ou importés. Ainsi, l’étiquette doit être écrite en arabe (l’utilisation d’une autre langue est permise) et il faut préciser les caractéristiques du produit (sa dénomination de vente, la quantité nette contenue dans l’emballage, l’identification de l’intervenant dans le processus de mise à la consommation, les dates de fabrication et de péremption, les conseils d’utilisation…). Elle doit également assurer une concurrence loyale, faciliter les échanges commerciaux et constituer un référentiel pour les services chargés du contrôle. «Tout intervenant doit porter à la connaissance du consommateur toutes les informations relatives aux produits qu’il met à la consommation, par voie d’étiquetage, de marquage ou par tout autre moyen approprié» (article 17). «L’étiquetage, le mode d’emploi, le manuel d’utilisation, les conditions de garantie du produit et toute autre information prévue par la réglementation en vigueur doivent être rédigés essentiellement en langue arabe et, accessoirement, dans une ou plusieurs autres langues accessibles aux consommateurs, de façon visible, lisible et indélébile» (article 18 de la loi n° 09-03 du 25 février 2009 portant protection du consommateur, dans son chapitre V relatif à l’obligation de l’information du consommateur). Pour ne citer que ces deux articles.

La réalité, une autre histoire
Trop beau pour être vrai ! Sur les étals, ce n’est pas le règne de la loi ! Que les produits soient importés ou fabriqués localement, leur étiquetage, pour certains, présente des anomalies. Une tournée dans quelques commerces algérois suffit pour en faire le constat. Appareils électroménagers, alimentation générale et vêtements, toutes sortes de produits sont concernés. «La semaine dernière, j’ai voulu m’acheter du camembert ; comme je suis enceinte, j’en ai cherché un fait avec du lait pasteurisé et non cru ; ce sont les instructions de mon médecin. Sur les boîtes de camembert locaux exposées, je n’ai pas réussi à identifier les ingrédients. Sur l’emballage, il n’était pas mentionné si cela avait été préparé avec du lait pasteurisé ou pas ! J’ai dû abandonner mes recherches !», raconte Nora, une jeune mariée. Un peu plus loin, nous avons rencontré Saïda, la cinquantaine dépassée, qui faisait ses courses. Le sujet a semblé la passionner puisqu’elle n’a cessé de se plaindre des marchandises contrefaites qui circulent en toute liberté. «Il n’y a pas que l’étiquette qui pose problème », dit-elle. Saïda raconte que l’été dernier, elle a acheté une machine à laver, l’ancienne ne fonctionnant plus. «Le manuel d’utilisation était écrit en anglais et je ne sais dans quelle autre langue ! Mes filles universitaires n’ont pas pu le lire ! Nous n’avions pas su faire fonctionner la machine et étions obligées de faire appel à une cousine qui a eu la même machine et a fait face au même problème !» L’histoire la faisait sourire. Il est vrai que dans nos boutiques, des fers à repasser, des sèche-cheveux, des robots de cuisine et autres machines sont vendus accompagnés de brochures d’utilisation écrites en français et/ou en anglais ; certains sont même vendus avec des brochures et des étiquettes en chinois et même en langues slaves ! «Heureusement que nous captons les chaînes étrangères qui exhibent régulièrement les nouveaux produits et nouvelles technologies. Aujourd’hui, ça va, je peux faire la distinction, réfléchir avant d’acheter un produit», explique Omar, un jeune fonctionnaire. Fervent internaute, il admet qu’il lui arrive d’aller sur des sites Internet pour s’informer sur la nature de certains produits avant de faire des achats. «Pour les téléphones portables et même les micro-ordinateurs, je me renseigne, c’est important, d’autant plus qu’ils ne sont pas fabriqués chez nous !», souligne-t-il. Karima, une secrétaire qui exerce depuis quelques années, relate une anecdote. Il y a un an, sa fille avait acheté un fer à repasser à 1 500 DA : «Le manuel d’utilisation était écrit en espagnol uniquement. A peine avons-nous essayé de l’utiliser que le fer à repasser a juste chauffé avant de rendre l’âme ! Comme ça, sans rien ! Impossible de le faire fonctionner !» Le marchand avait refusé de reprendre sa marchandise. Lamia, étudiante, a vécu quasiment la même mésaventure. Elle avait acheté un baladeur de musique (Mp3) et a été arnaquée. «Une fois arrivée chez moi, le baladeur qui devait être programmé avec le micro-ordinateur ne s’allumait pas ! J’ignorais pourquoi.» Le lendemain, la jeune fille revient chez le commerçant. Ce dernier refuse de discuter et de reprendre ce baladeur, payé à 2 000 DA. «En principe, ce genre de baladeur est accompagné d’un manuel d’utilisation et d’un petit CD. Maintenant, je le sais. Je fais attention car j’ai été arnaquée de la sorte deux fois !».

Les faux jus de fruits…
Chez nous, les gens consomment des boissons aromatisées qui ne contiennent aucune trace de jus de fruits et qui sont pourtant étiquetées «jus de fruits» ! Classés en plusieurs catégories, ceux-ci doivent répondre à certains critères. A titre d’exemple, les «100% pur jus» ne doivent être obtenus qu'à partir de fruits frais, sans ajout de colorant ni de conservateur. Une adjonction de 15 grammes de sucre par litre est toutefois autorisée. «Les 100 % jus de fruits à base de concentré» sont faits à base de concentré de fruits. «Les nectars de fruits» sont un mélange d‘eau et de jus de fruits avec ou sans addition de sucre. «Les boissons au jus de fruits» sont obtenues à partir de jus de fruits dont la teneur ne doit pas être inférieure à 10 %, et l’on additionne du sucre, de l’eau et autres ingrédients. C’est loin d’être la règle. Les consommateurs ignorent ces données puisque personne ne se préoccupe de les informer, même pas les producteurs. Les associations de protection des consommateurs, si elles existent, restent invisibles. M. Djamel Abad, directeur du Centre algérien du contrôle de la qualité et de l’emballage (Cacqe), tient à rassurer. «Les grandes marques algériennes respectent les normes requises». Il explique que «de petits opérateurs» recourent à des moyens de contrefaçon. Ils utilisent des produits synthétiques dans la composition de certaines boissons, une manière de réduire les coûts de production. Ce qui est dangereux. «Ces aventuriers utilisent de l’édulcorant pour remplacer le sucre, ça leur revient à moitié prix et c’est beaucoup plus fort qu’un sucre ordinaire, une petite dose suffisant amplement», précise- t-il. Djamel Abad affirme que ces matières synthétiques contiennent des produits chimiques qui ont des effets néfastes sur la santé des enfants de moins de 3 ans. «D’où la nécessité du contrôle et des analyses, et c’est ce que nous faisons en permanence, conjointement avec les directions du commerce et de la répression des fraudes à travers le pays», souligne-t-il. La contrefaçon, y compris l’étiquetage, ajoute-t-il, concerne particulièrement les régions reculées où des commerçants informels profitent de la situation pour faire écouler une marchandise impropre à la consommation.

Quelques chiffres
Selon les statistiques officielles, les infractions liées à l’étiquetage ont considérablement baissé. En 2004, au niveau national, 3 632 cas d’infraction en matière d’étiquetage ont été constatés parmi 39 524 contrôles (9,19 %). 1 151 des 30 923 infractions ont été relevées en 2006 (3,72 %). M. Malek Kemmache, chef de service contrôle et contentieux à la Direction du commerce de la wilaya d’Alger, indique que l’absence de la mention obligatoire (non-respect de l’étiquetage) touche en particulier les produits industriels importés (appareils électroménagers, machines…). Chiffres à l’appui, il souligne qu’en 2009, sur 13 564 procès-verbaux dressés par ses services contre des commerçants algérois pour différentes infractions, 1 722 P-V concernaient l’absence de la mention obligatoire (1003 P-V sur des produis industriels et 649 sur des produits alimentaires). En outre, 70 autres P-V ont été dressés contre des restaurateurs. Malek Kemmache précise que la majorité des infractions touchent la production importée. «Ces produits pénètrent notre marché dans un cadre autre que celui autorisé. Je peux dire que 99 % des produits locaux répondent aux normes d’étiquetage. Ici, le contrôle est rigoureux et annuel». Le non-respect des normes d’étiquetage, explique-t-il, est classé dans la rubrique relative à l’information du consommateur, au même titre que l’affichage des prix. «Nous élaborons un programme annuel pour sensibiliser les citoyens. Ce qui n’est guère facile puisque les associations qui défendent les consommateurs ne sont pas connues et ne viennent jamais nous voir», conclut-il.
I. B.

Source : http://lesoirdalgerie.com

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