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 INTRODUCTION EN BOURSE DES ENTREPRISES -L’Algérie a-t-elle besoin d’un marché financier?

14/3/2010

 

INTRODUCTION EN BOURSE DES ENTREPRISES -L’Algérie a-t-elle besoin d’un marché financier?
14 Mars 2010

Un marché des capitaux doit s’appuyer sur un système bancaire en phase avec l’appareil de production.

Un pays mono exportateur, engagé à pas compter dans la diversification de son économie, dont les règles du marché ne sont pas spontanément respectées par les agents économiques  a-t-il réellement besoin d’un marché financier? La réponse ne va pas de soi. On est tenté, en première approximation, de répondre par la négative en arguant du fait que la diversification de l’économie algérienne est subordonnée à l’émergence progressive d’une offre de biens et de services substantielle (à laquelle ne pourvoient pour le moment qu’imparfaitement, du point de vue de sa qualité, les importations). L’essentiel est de disposer d‘un marché des capitaux adossé à un système bancaire en phase avec l’appareil de production. La condition implicite du fonctionnement harmonieux du système consiste dans l’allocation optimale des crédits aux entreprises par des banques primaires qui, tout en étant au regard de la loi, des banques universelles, auraient tendance à davantage se comporter en banques d’affaires qu’en banques de dépôt. Il s’agit, pour elles, en effet, d’accompagner les promoteurs dans la réalisation de leurs projets en prenant un minimum de risques, tout en respectant scrupuleusement les règles définies par la Banque d’Algérie.

Organiser le marché des capitaux
Il existe deux marchés des capitaux qui contribuent de manière directe au financement de l’économie: le marché monétaire pour les capitaux à court terme et le marché financier pour les capitaux à long terme. La priorité du gouvernement, souvent réitérée par le Premier ministre et le ministre des Finances consiste à réaliser une réforme complète du marché monétaire. Celle-ci devra s’assigner les trois objectifs suivants: le décloisonnement du marché, afin que tout investisseur résident ou non-résident puisse lui-même déterminer la durée de son placement en titres négociables, la modernisation de la gestion de la dette publique grâce à laquelle le Trésor pourra diversifier ses émissions de titres et les ouvrir à tous les agents économiques; enfin, la mise en place d’une politique pragmatique et souple des taux d’intérêt plutôt que le recours à des mesures générales d’encadrement du crédit. Le marché interbancaire, c’est-à-dire celui réservé aux banques peut être défini comme celui qui assure la liaison entre les offreurs et les demandeurs de liquidités bancaires au moyen d’une diversité de transactions (prêts, emprunts, achats ou ventes d’effets de commerce, prêts garantis, etc.) et c’est également celui qui détermine la formation des taux en fonction de la loi de l’offre et de la demande. Aujourd’hui, seule l’Abef est en mesure de dire si ce marché réservé aux seuls professionnels est dynamique et liquide dans une mesure compatible avec la relance de l’économie nationale et la réactivité des opérateurs économiques. Dans le même temps, il est nécessaire de développer les marchés de titres de créances négociables. Ces marchés ne s’adressent pas exclusivement aux banques mais à l’ensemble des agents économiques, qu’ils soient emprunteurs ou prêteurs. A cet égard, il ne pourra y avoir dans notre pays un marché des capitaux digne de ce nom que si les titres de créances sont négociables sur ces marchés pour une longue durée, leur fiscalité homogène, le montant unitaire minimum de la mise de départ élevé, enfin la rémunération attractive. Les certificats de dépôt, les billets de trésorerie, les bons du Trésor négociables constituent parmi les titres qui ont vocation à assurer la liquidité des marchés des capitaux, parallèlement au marché interbancaire. Comme nous l’avons dit plus haut, l’ensemble des banques primaires sont des banques universelles, au sens où elles fournissent toute la gamme des services bancaires à leurs clients. Toutefois, si la fonction dépôt l’emporte largement sur la fonction crédit à l’investissement, la cause n’en est pas imputable aux seuls responsables des banques; la réticence à prendre des risques au-delà de ceux inhérents à l’octroi de crédits à la consommation trouve en grande partie son origine, dans l’absence d’une politique économique fondée sur la relance de l’appareil de production national. Ceci posé, il ne fait pas de doute que l’Algérie sera appelée à consacrer dans les années qui viennent une part importante de ses ressources aux investissements. Le développement de notre pays ne va pas s’interrompre après l’achèvement du plan complémentaire de soutien à la croissance ni du plan quinquennal, même si ces deux instruments atteignent tous leurs objectifs. La question est d’ores et déjà posée de savoir si la puissance publique, les collectivités locales, les EPE, les PME/PMI du secteur privé, seront en mesure, d’ici 2014, de dégager une épargne suffisante pour couvrir leurs investissements. Si l’excédent d’épargne actuel (52% par rapport au taux d’investissement qui serait inférieur à 30%) se confirme ultérieurement, ce sera principalement le système financier qui aura vocation à organiser les différents transferts de capitaux entre agents économiques. Aussi bien s’agit-il pour les pouvoirs publics d’orienter l’épargne vers les placements de longue durée et plus particulièrement vers les valeurs mobilières grâce à des incitations fiscales, le renforcement des fonds communs de placement(FCP) et même l’émission de nouveaux titres. Certes, personne ne peut exclure, a priori, l’apparition, dans le monde, de nouvelles bulles spéculatives qui impacteraient négativement sur l’économie algérienne, de façon indirecte au demeurant, mais il est peu probable, à vue humaine, qu’une crise financière de l’ampleur de celle qui a secoué l’économie mondiale, en 2008, se reproduise. Il semble que l’essentiel des enseignements utiles de cette dramatique dérive banquière (celle des crédits hypothécaires à haut risque) à laquelle la Reserve fédérale avait à l’origine, apporté une caution implicite, ait été tiré par les pays du G 20. Il en résulte que d’ores et déjà, le gouvernement doit oeuvrer à la capitalisation significative de la Bourse d’Alger, sans attendre que les forces du marché y suppléent. Aujourd’hui, la plupart de nos entreprises, qu’elles soient publiques ou privées, sont sous-capitalisées. Or, le marché financier est celui qui offre le plus de possibilités aux entreprises de procéder à l’augmentation de leur capital. Il en est de même pour l’Etat qui finance ses besoins de trésorerie à court terme et possède la faculté de s’endetter raisonnablement (c’est-à-dire dans le respect des équilibres macroéconomiques dictés par la conjoncture financière).
Enfin, si l’esprit de la LFC pour 2009 doit inspirer durablement les politiques économiques futures, le marché financier est appelé à constituer un accès privilégié à l’emprunt pour le financement des investissements des entreprises à capitaux mixtes (entreprises publiques/entreprises privées étrangères) dont le Policy maker attend qu’elles soient le moteur de la stratégie industrielle qu’il compte élaborer.

L’épargne et les réserves de change
Le ministre des Finances vient de déclarer que les réserves de change de l’Algérie devraient passer à 168 milliards de dollars en 2010, 176 milliards en 2011, 185 milliards en 2012 et 191 milliards en 2013, cependant que l’Institut IHS Global Insight attribue à l’Algérie le statut de «nation créancière nette». Pour autant, comme le souligne le grand argentier du pays, après le Pcsc et le plan quinquennal, il convient d’avoir égard à la «capacité d’absorption de l’économie nationale» dans laquelle il serait risqué d’injecter encore une nouvelle masse de fonds sans provoquer dérapages inflationnistes, gaspillages et dépenses à contre-emploi. En revanche, le moment est propice pour consacrer cette épargne à la redynamisation du marché financier mis théoriquement en place depuis 1993, mais, de fait, circonscrit au seul marché des obligations dans lequel sont impliquées quelques grandes entreprises publiques, alors qu’il devrait s’ouvrir aux entreprises privées dont les bilans financiers sont positifs et les plans de charge importants, surtout dans la perspective de la modification du Code des marchés publics qui fera une place non négligeable aux opérateurs privés algériens. Contrairement au regret exprimé naguère par l’ancien chef de gouvernement, Ahmed Benbitour, et réitéré sans cesse depuis («L’Algérie, un pays importateur de pauvreté», El Watan du 7 septembre 2006), selon lequel le taux d’épargne est par trop supérieur à celui de l’investissement (induisant ainsi une thésaurisation qui stérilise les capacités de production), on fera valoir que déjà 400 milliards de dollars ont été dédiés à la transformation des structures sociales du pays à travers les deux plans quinquennaux et qu’il est temps pour notre pays, 20 ans après le lancement de l’économie de marché, que l’épargne soit orientée vers des placements à long terme, les seuls grâce auxquels pourront être financés les investissements de demain et ceux d’après-demain. A cet égard, on ne peut que se réjouir du dynamisme actuel du Fonds de soutien pour l’emploi (Fise), destiné au financement des PME/PMI, grâce à l’épargne des salariés. D’un montant de 150 milliards de DA, cette institution finance les PME qui ont le statut de Sociétés par actions et trois années d’existence juridique minimum. Le Fise peut intervenir jusqu’à hauteur de 15% dans leur capital social. Les organes de ce fonds ont été mis en place en septembre 2007 et il serait utile d’en faire une première évaluation aux fins de déterminer si celui-ci a posé réellement les linéaments d’une culture de l’épargne chez les salariés. Dans l’affirmative, l’abondement de ce fonds par des ressources additionnelles collectées sur un marché financier dynamique constituerait un pas significatif dans la transition vers l’économie de marché. Certes, tant que l’économie algérienne ne s’est pas diversifiée et les entreprises potentiellement éligibles à la Bourse des valeurs mobilières (BMV) incertaines de leur croissance interne ou externe, le marché financier aura du mal à fonctionner, conformément aux seules impulsions des agents économiques. Ceci n’empêche pas que les pouvoirs publics peuvent prendre, dès cette année 2010 des initiatives pour faire sortir de sa torpeur la BVM, à l’instar de ce qui a été entrepris pour la Bourse tunisienne, il y a de nombreuses années de cela. Un facteur objectif devrait y conduire; c’est le bilan dont peut se prévaloir le Dépositaire central des titres, Algérie Clearing, dans la mise en oeuvre des missions qui lui ont été conférées par la loi du 19 février 2003 relative à la BVM: admission et codification des valeurs, garantie de la sécurité du système comptable qui les administre, dématérialisation des titres et inscription en compte, identification des titulaires de titres, dénouement des transactions sur le marché primaire (celui qui concerne les titres à l’émission), sur la Bourse d’Alger, le marché de gré à gré(celui qui n’est pas soumis à la concurrence entre offreurs et/ou demandeurs) et enfin sur les titres sans contrepartie d’espèces (ceux dont la liquidité originelle est la plus faible).

BVM et financement de l’économie
Le terrain est donc balisé pour l’introduction en Bourse des plus grandes EPE et de quelques entreprises privées dont le dynamisme est de notoriété publique. Toutefois, pour impliquer davantage les capitaux étrangers, et dans l’esprit de la LFC pour 2009, la BVM gagnerait à s’ouvrir à des entreprises étrangères que la stabilité durable des fondamentaux de l’économie devrait encourager à participer à l’activité du marché financier des actions. Enfin, parce que la confiance est devenue le principal facteur de production de l’économie financière, l’ensemble des acteurs économiques devraient avoir présent à l’esprit les éléments suivants:
1. La volonté du gouvernement d’instaurer un minimum de transparence dans toutes les transactions financières et les relations commerciales;
2. La mise en place depuis janvier 2010 d’un système fiscal qui est en train de traquer impitoyablement tous les fraudeurs et qui repose sur le principe de la taxation des signes extérieurs de richesses indûment acquises, ce qui permettra par contrecoup de promouvoir une fiscalité incitatrice pour l’acte de production et attractive pour les investisseurs étrangers;
3. La circonstance que l’Etat algérien est le seul au monde(en grande partie grâce à la diligence du chef du gouvernement de l’époque, A. Ouyahia) qui a géré, pendant la tourmente financière de 2008, avec le plus d’orthodoxie, ses réserves de change, su résister à l’appel des sirènes lui enjoignant de créer un fonds souverain, restreint l’entrée des capitaux au seul financement des investissements et ce, après avoir éliminé quasiment toute sa dette externe.

(*) Professeur en droit des affaires
alimebroukine@yahoo.com

Ali MEBROUKINE (*)

Source : http://www.lexpressiondz.com

 

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