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 Pétrole et corruption : la grande malédiction de l’Algérie ?

16/3/2010

Pétrole et corruption : la grande malédiction de l’Algérie ?

Par le Dr Ahmed ROUADJIA

Pétrole et corruption sont deux mots désignant « deux maux » inespérables. N’était l’abondance du premier, la corruption n’existerait pas ou n’existerait que sous une forme bien plus atténuée. Or, le pétrole est pour l’Algérie, un cadeau du Ciel d’autant plus empoisonné qu’il dispense non seulement les Algériens de l’effort productif,de l’imagination créatrice, de l’esprit d’indépendance et du « compter sur soi », mais il avive aussi les appétits féroces de la minorité tout en exacerbant les frustrations de l’écrasante majorité d’entre eux.

Convoité par la minorité détentrice de rente de situation, ce liquide est devenu, depuis l’indépendance, un facteur générateur de corruption d’autant plus effrénée qu’elle s’affiche sans honte ni pudeur au grand jour. Si ce pétrole fait le « bonheur » d’une minorité d’Algériens, « citoyens et cadres de la nation », il constitue pour la majorité et l’avenir de la nation entière un facteur de régression économique, social, culturel et même politique.

Un peuple improductif et façonné d’après l’économie rentière

Les raisons en sont évidentes : le pays, les Algériens, du fait des revenus qu’ils tirent du pétrole, se sont détournés depuis belle lurette du travail nourricier de la terre, de celui de l’artisanat, de l’effort productif en général et de l’imagination inventive, qui sont les traits distinctifs des peuples créateurs et industrieux. Nos revenus qui proviennent à hauteur de 98% du pétrole ont fait de nous un peuple de paresseux, de rentiers, et de consommateurs passifs des produits importés de l’Occident pour lequel notre marché interne est devenu un débouché rentable pour ses produits industriels et manufacturés. Et depuis que nous avons adopté pour la prétendue « économie de marché » censée opérer notre transition vers je ne sais quel horizon obscur et incertain, notre pays est devenu une sorte d’immense poubelle dans laquelle se déversent tous les produits plus ou moins avariés de l’Occident intelligent et imaginatif. La Chine elle-même y trouve son compte. Ses produits à bon marché sont en passe de tuer ce qui reste de nos industries textiles, de notre artisanat, et même de notre savoir-faire dans certains domaines, comme les travaux publics où les ouvriers chinois constitués d’ouvriers et de prisonniers ont déjà refoulé leurs pairs algériens à la lisière de la masse grandissante des chômeurs et des désœuvrés.

La captation de nos compétences et de nos richesses par les Étrangers

Les transferts des technologies et des savoir-faire du monde extérieur vers l’Algérie est un leurre que nos dirigeants s’efforcent d’accréditer, mais en vain. C’est l’inverse en fait qui se produit : nos compétences et nos richesses locales profitent aux seuls étrangers qui savent capter à leur profit ce que nous avons de meilleurs et de profitable. Nos compétences, faute d’obtenir la considération qui leur est due et de faire usage de leur savoir-faire dans leur propre pays, le fuient, contraints et forcés, vers les pays qui savent en apprécier la valeur et l’usage hautement bénéfique. Seuls les cadres nationaux, incompétents ou non, qui détiennent des positions de responsabilité importantes dans le secteur économique publique, se refusent à l’exil, tant le système de « commissions » issues de la passation des marchés frauduleux, leur procurent des rentes plus que confortables pour affronter les risques éventuels, les incertitudes, et les aléas de la vie. Ceux-là, ils ne s’exilent que lorsqu’ils auront fait leur « beurre » et placer des dizaines de balluchons, de « Echkarâ », bourrés de billets verts dans les banques suisses, britanniques, nord-américaines ou françaises. Leur exil ne sera pas alors un exil de nécessité, de besoin et de survie urgents, mais un exil « doré » aux bords du Lac de Genève, ou sur la Côte- d’- Azur. Leurs énormes liquidités financières, produits de la corruption, feront leur bonheur comme celui des banques de dépôts des pays hôtes. Certes, tous les cadres ( on dirait aujourd’hui les managers) qui restent cloués au pays ne sont pas tous dans ce cas de figure. Ils ne sont ni corrompus ni corrupteurs. Et Dieu sait, que les cadres compétents et honnêtes sont légion en Algérie, et malgré les pressions exercées sur eux par l’environnement afin qu’ils versent ( comme tout le monde) dans la corruption, ils ne finissent pas par succomber à cette tentation perverse.

Des atouts mal exploités…

Au lieu de constituer un atout formidable pour le développement économique, social et culturel de la nation, le pétrole, et donc les revenus qui en découlent sont devenus une véritable malédiction de l’Algérie. Les appétits féroces qu’il excite, et les tentations d’enrichissement facile qu’il suscite ne dispensent pas seulement de l’effort productif, de la prévoyance et de la rigueur dans la gestion saine du Trésor public, mais dispensent aussi les acteurs politiques et sociaux de faire usage de l’esprit d’imagination, d’anticipation, de création et d’innovation.

Aubaine sortie des entrailles de notre Désert brûlant, le pétrole est en même temps source de tous les maux qui affligent depuis l’indépendance la nation algérienne. L’esprit rentier que ce liquide magique- conséquence d’une lente décomposition d’éléments bactériologique d’organismes aquatiques végétaux et animaux, il y a plusieurs centaines de millions d’années-, a fait naître chez nos concitoyens, constitue, en somme, une source de corruption contagieuse et une cause fondamentale de toutes les perversions que l’on constate dans tous les domaines de la vie politique et sociale. Les scandales de la SONATRACH et de l’autoroute Est- Ouest où des milliards ont été détournés par le biais des commissions et des marchés frauduleux, sans parler de l’affaire El Khalifa, de la BADR et d’autres banques impliquées dans de gigantesques pillages des deniers publics, ne sont que la partie visible des prévarications et des agiotages derrière lesquels se dissimule l’immense iceberg de la corruption tentaculaire, démesurée et sans bornes.

L’incroyable insouciance de nos dirigeants face aux ampleurs du désastre

A entendre et à lire les déclarations de nos dirigeants politiques tendant à dédramatiser, voire nier les désastres causés par la corruption, on est complètement renversés. Pour beaucoup d’entre eux, la corruption est un phénomène universel et que notre pays, en la matière, n’a rien à envier aux autres. L’Algérie serait, selon eux, bien moins touchée par ce fléaux que les pays les plus démocratiques du monde. On ne sait si ces hommes politiques prennent vraiment au sérieux leurs propos et en évaluent avec conscience la portée, ou s’ils sont au contraire déconnectés de la réalité au point de manifester tous les signes caractéristique de l’autisme.. Pour illustrer cet état d’esprit calamiteux, il suffit de reprendre tour à tour les déclarations de trois ministres seulement sur la trentaine environ que compte le gouvernement actuel . Pour ces trois personnages de l’Etat, la corruption économique qui s’est enracinée dans les pratiques, les habitudes, les réflexes et les mœurs politiques, n’est pas l’apanage de l’Algérie, mais le fait de tous les pays et les civilisations passés et actuels. L’Algérie ne ferait donc pas exception à la règle générale, et de ce fait, il n’y aurait aucune raison de s’alarmer devant cette pratique, en somme, toute « banale ». D’où les références aux Autres et au passé dont ils recourent pour relativiser la corruption qui gangrène nos institutions économiques et sociales.

Les références aux Autres et à l’histoire comme alibi

Les scandales révélés par la presse privée, bientôt confirmés par les enquêteurs du DRS, auraient été exploités, exagérés et amplifiés par les médias « partisans » pour porter atteinte à l’image du pays et à ses dirigeants dont la compétence et l’intégrité seraient indéniables. Ainsi pour relativiser cette corruption massive, débridée et contagieuse, et en atténuer les conséquences néfastes sur l’économie et la société, ces dirigeants qui semblent être en perte de conscience et de responsabilité civique invoquent l’histoire : depuis l’aube des Temps, disent-ils, la corruption a existé et toutes les nations et civilisations de la terre, passées et présentes, ont été et le sont encore affectées par ce phénomène « naturel » et inévitable. Comment voulez-vous, ajoutent-ils, que l’Algérie qui est une nation jeune et fraîchement indépendante puisse déroger à cette règle universelle ?

Ainsi notre ministre de la justice, Tayeb Belaiz , en sa qualité de gardien présumé du sanctuaire sacré du droit et, qui devrait être le premier à s’alarmer de l’ampleur de ces dégâts incommensurables causés par ces scandales, n’a-t-il pas trouvé d’autres réponses que celles de les justifier par des pratiques similaires sous d’autres latitudes. Aussi déclare-t-il, avec un cynisme et une inconscience qui frisent l’absurde et qui choquent profondément l’entendement civilisé, que la corruption « est née avec l’humanité et restera jusqu’à la fin du temps », puisque, ajouta-t-il, avec une sorte d’assurance à la fois tranquille et présomptueuse que ce fléaux « a existé dans les anciennes sociétés, et l’est aussi toujours, même dans les pays se disant des plus développés et disposant des systèmes de gestion les plus transparents (…)Nous voyons ce qui se passe à travers le monde. »

La chute en est jolie ! Il est navrant en effet qu’un ministre de la justice puisse faire siennes de telles balivernes qui sont les aliments des conversations ordinaires de l’homme de la rue, encore que celui-ci puisse-t-il avoir une vue moins réductrice…

La corruption comme facteur de dégénérescence de l’Etat et de la nation

Ce que notre garde des sceaux, qui semble verser dans l’amalgame et le réductionnisme, de dire à ses auditeurs, c’est le degré et l’intensité de la corruption, qui diffèrent selon les époques historiques et les nations. Or, en Algérie, ce degré de corruption a atteint en volume et en intensité un niveau si élevé qu’il ne tient la comparaison avec aucun autre pays du monde. Les organisations internationales, comme Transparency international, classent l’Algérie en tête des pays les plus corrompus, et les moins transparents en matière de gestion des ressources.

L’absence de contrôle et de sanction, l’opacité qui préside au système de gestion, de répartition et d’allocations des ressources, ont achevé de favoriser toutes les dérives de type « maffieux » que nous connaissons et qui risquent, à terme, de provoquer l’effritement de l’Etat dont la décomposition porterait de graves atteintes à l’unité nationale.

Pire que les ingérences étrangères dans nos affaires ou les éventuelles menées séditieuses internes, la corruption telle qu’elle se pratique de manière débridée et sauvage en notre pays, constitue un véritable ferment de dissolution de l’Etat et de la nation. Ceux qui, parmi nos dirigeants, en atténuent la gravité ou se voilent les yeux sur ses méfaits pernicieux, sont des inconscients ou des irresponsables …

Des seuils de tolérance dépassés…

Mais là où le garde de sceau pèche par démagogie ou ignorance absolue, c’est quand il omet de signaler que dans tous les pays, même les plus corrompus de la planète, il existe des lignes rouges à ne pas dépasser dans la dilapidation des deniers publics. Pour ne pas parler de l’Europe et des Etats-Unis dont les mécanismes de contrôle et de répression contre la corruption sont rôdés, et fonctionnent de manière relativement efficientes, des Etats moins développés que je présente pêle-mêle, tels que le Congo, le Togo, Le Mali, le Niger, le Chili, le Pérou, Le Sénégal, Le Niger, La Tunisie, Le Maroc, etc., qui sont « pauvres », parce qu’ils ne possèdent pas de « pétrole », combattent avec les moyens de bord la corruption qui n’atteint pas cependant le haut degré auquel l’Algérie est parvenue.

Les commissions sur la passation de marché, les dessous de table et le traficotage de tous les registres économiques existent bien évidemment dans tous ces pays, y compris dans les pays les plus démocratiques, comme les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, mais ces pratiques, y rencontrent un seuil de tolérance, une ligne rouge qu’il ne faut pas dépasser. Or, chez nous, ce seuil de tolérance est depuis longtemps franchi et les clignotants sont partout au rouge. La justice elle-même semble impuissante à imposer des limites aux pratiques prédatrices et à sanctionner les auteurs des détournements des deniers publics. Les lois du pays, et la Constitution qui les surplombe, sont quasi journellement piétinées au mépris universel par nos gestionnaires et administrateurs qui prétendent pourtant veiller au respect du droit et aux intérêts suprêmes de l’Etat et de la nation dont ils n’ont, par ailleurs, cure.

Or, en Algérie, ce droit n’est désormais qu’un paravent derrière lequel se cache un désordre inextricable. Son caractère désincarné se manifeste à travers le dépassement de ce seuil de tolérance, qui n’impose plus de bornes à la corruption qui donne de plus en plus libre cours à son exubérance. Autrement dit, les clignotants rouges n’ont plus de sens et se confondent dans l’esprit et la pratique des acteurs et des détenteurs de pouvoir plutôt comme des feux verts où il est permis de tout faire sans limites et sans bornes. Même dans la Russie actuelle où la maffia a pris des proportions inquiétantes après l’effondrement du mur de Berlin, la corruption et le pillage des richesses nationales n’y ont pas atteints le summum de la décadence et de la turpitude auquel l’Algérie est parvenue.

L’exception algérienne…

Notre pays n’est pas comparable aux autres, contrairement à ce qu’affirme notre garde des sceaux. Il est singulier et constitue une exception à la règle. Cette exception réside essentiellement dans le caractère débridé de la corruption, qui est elle-même concomitante au délitement des règles et des normes juridiques qui n’ont plus aucune prise sur le réel. Elle résulte de la faiblesse ou de l’absence de l’Etat de droit, et c’est cette circonstance qui a ouvert la voie aux dérives de toutes sortes auxquelles nous assistons. Le droit qui fait à la fois la force dissuasive et le facteur régulateur de l’Etat se trouve mal mené, bafoué et piétiné de manière paradoxale par ceux-là même qui prétendent le promouvoir et l’imposer au nom de la justice et de l’équité. La corruption viciée et vicieuse qui s’est emparée de l’organisme politique et social algériens trouve donc ses causes premières et essentielles dans l’affaiblissement des valeurs juridiques, dont les retombées rejaillissent négativement sur les valeurs morales et éthiques de la société civile et politique .

Qui dit Etat de droit, dit un Etat fort qui contrôle, sévit sévèrement et sanctionne les dérives et les méfaits, qui impose et qui en impose à tous, sans distinction. Or, il semble que la corruption massive, rampante et tentaculaire qui s’est insinuée dans tous les interstices de l’Etat et de la société, n’a d’autres explications plausibles que dans le défaut ou l’absence d’un Etat de droit. Cette absence n’est pas seulement un danger mortel pour les citoyens « passifs » ou ordinaires que sont les masses anonymes et « incultes », mais constitue aussi un risque qui serait gros de conséquences pour les citoyens « actifs » et « distingués » que sont les décideurs politiques. Si rien en effet n’était fait pour réformer notre justice et réajuster notre droit de manière à l’aligner sur le droit des nations « civilisées », respectueuses d’elle- mêmes et des droits de l’homme, on courrait le risque de cheminer vers l’abîme vertigineux que constitue le désordre et l’anarchie dans la gestion des affaires publiques.

Le droit et la justice en butte à l’Exécutif

Dans ces conditions où le politique interfère dans les affaires de la justice et impose de facto sa primauté dans tous les domaines, que peuvent faire, dès lors, nos magistrats, nos juges et tous nos hommes de loi animés d’une volonté sincère de faire leur métier comme il convient, celui de dire le droit, et de l’appliquer sans état d’âme ? En effet, lorsque les hommes de l’Exécutif se considèrent et agissent, sans l’avouer, au dessus de la Constitution du pays, il est bien difficile de reprocher à la justice, donc aux magistrats et aux juges, de faillir à leurs missions.

Les mains garrottées par l’Exécutif, les deux autres pouvoirs, législatif et judiciaire, se révèlent à l’expérience comme frappés d’inhibition, et presque éclipsés du jeu de régulation et d’équilibre des pouvoirs, qui sont, entre autres, les traits distinctifs, de l’Etat de droit. En ôtant aux hommes de loi le pouvoir qui leur échoit, l’Exécutif ne fait pas seulement pencher la balance en sa faveur, mais il vide de fait la Constitution de sa substance essentielle : les principes fondamentaux du droit affirmés avec force dans les 182 articles qu’elle renferme.

Un Ministre qui gère tout le secteur de l’Energie et des Mines, mais qui « ignore tout » ce qui s’y passe.

De son côté, notre ministre de l’Intérieur, Nourreddine Zerhouni, n’est pas en reste. Il conforte l’argumentation de son collègue de la justice en déclarant tout bonnement que notre pays serait moins touché par ces « affaires » dégradantes que d’autres : « Je vous fait savoir, assène-t-il, que les affaires de corruption ne concernent pas uniquement l’Algérie, des affaires plus importantes que celle-ci ont éclaté à travers le monde » Quant au Ministre de l’Energie et des Mines, Chakib Khelil, il se dit non seulement tout ignorer ce qui s’est passé à Sonatarch, mais il se dit également étonné des reproches faits à ces cadres impliqués dans les affaires de prévarications ruineuses de cette entreprise nourricière de l’Algérie ! Qui plus est, cet homme de confiance du président, qui prend toujours des allures altières en feignant d’être au dessus de tout soupçon, révoque en doute les accusations portées contre les cadres impliqués dans cette affaire tout en concédant cependant à la justice de faire son boulot: « Il faut, dit-il, laisser la justice faire son travail.

Ces responsables sont des citoyens algériens et des hauts cadres de la nation et du groupe Sonatarch, qui défendent les intérêts du pays et ils ont le droit d’être défendus jusqu’à ce que la justice les juge coupables. » ou les « innocente » aurait-il dû ajouter. D’une manière fort ambiguë, M. Khelil s’évertue à innocenter ces inculpés non pas parc qu’ils auraient commis des actes prévaricateurs, mais parce qu’ils sont « des citoyens algériens et des hauts cadres » qui auraient à cœur de défendre « les intérêts du pays ». En jouant sur les fibres sentimentales et patriotiques ( citoyens algériens qui défendent les intérêts du pays…), le ministre de l’Energie et des Mines tente de leur accorder des circonstances atténuantes, voire les disculper totalement.

En quoi le fait d’être citoyens algériens et hauts cadres de la nation, garantit-il la probité et l’intégrité morale des présumés coupables ?
Monsieur Khellil, qui affecte dans ses gestes comme dans ses paroles, une attitude d’importance, nage en fait dans l’ambiguïté et dans les contradictions les plus totales. Il ne craint pas de dire une chose et son contraire. Il affirme, d’un côté, qu’il ne sait rien du scandale de la Sonatrach et qu’il ne dispose d’autres éléments que ceux fournis par la presse qu’il vilipende ; de l’autre, il déclare être le vrai patron du secteur de l’Energie et des Mines, dont il a la charge de veiller à son application et à son contrôle. Mais très vite, il rechute dans d’autres contradictions : il ne gère pas en personne Sonatrach et les cinquante autres entreprises que comprend son secteur ! Mais qu’on le lise d’abord pour se rendre compte de ses contradictions incurables : « En tant que ministre, je gère tout le secteur de l’énergie et des mines et je m’occupe de sa politique et de son application ainsi que du contrôle. Je ne gère pas Sonatrach ni Sonelgaz ou les autres entreprises relevant du secteur, qui en compte plus d’une cinquantaine. Je suis le ministre du secteur de l’énergie et des mines. » Les contradictions du Ministre s’approfondissent encore quand il dissocie son pouvoir d’appliquer la politique du contrôle du secteur dont il a la charge, de la gestion de la « Sonatarch et de Sonelgaz » qui en font pourtant partie intégrante et qui devraient relever en toute logique de son pouvoir de les contrôler à défaut de les gérer directement !

Les chiens aboient, la caravane passe

Dans d’autres pays qui se respectent et où règne le principe du droit, de tels scandales auraient provoquer les auditions des ministres par la justice, voire même leur inculpation en cas de preuves de leur culpabilité. D’autres auraient donné spontanément leur démission, dès lors même qu’ils sont innocents. Ils n’auraient pas pu supporter de demeurer en poste alors que les projecteurs des médias et de l’opinion sont braqués sur eux. Tel n’est pas cependant le cas de nos ministres en charge des secteurs éclaboussés, comme celui des Travaux Publics et de l’Energie qui, non seulement s’évertuent à défendre leurs « cadres », impliqués dans la corruption, placés sous mandat de dépôts et soumis à des contrôles judiciaires, mais à s’indigner contre la presse indépendante pour avoir courageusement révélé au grand jour ces turpitudes.

Ainsi Monsieur Khelil n’a pas à rougir des scandales de son secteur qu’il « contrôle », mais qu’il ne « gère » pas et ne donnera pas sa démission pour la raison qu’il ne s’est jamais senti « visé » par de tels déballages : « Je ne démissionne pas de mon poste de ministre. Pourquoi le ferai-je alors que la justice peut innocenter les cadres dirigeants incriminés. ? » Et d’ajouter : « Je ne me suis jamais senti visé dans cette affaire, ni moi ni le clan présidentiel ». Son collègue des Travaux Publics, Amar Ghoul, n’envisage pas non plus de démissionner tant qu’il se juge nullement concerné par ces « tapages médiatiques » ni par les cris de colère de l’opinion qu’il compare aux aboiements des chiens au passage de la caravane. C’est dire que beaucoup de nos dirigeants n’ont aucun respect à l’égard de leur peuple, et se sentent complètement à l’abri des poursuites judiciaires, qui n’affectent en général que « les lampistes » tenus en réserve…

Enfin, n’était le pétrole, l’Algérie retrousserait les manches, deviendrait un pays industrieux, et serait moins sujette à la corruption qu’elle ne l’est à présent. Ses dirigeants seraient plus réfléchis, plus réceptifs et responsables, et moins prétentieux et arrogants qu’ils ne le manifestent aujourd’hui. Le pétrole n’a pas perverti seulement nos comportements et nos représentations de l’économie, de la politique et de la bonne gouvernance ; il a fait également de nous un peuple totalement ou presque dépendant en fait de nourriture, de besoins, de goûts, d’imagination et de fantasme, du monde extérieur.

Notre extraversion envers l’extérieur prend en fait la forme d’une aliénation mentale et psychologique dont les signes pathologiques se manifestent à travers la boulimie de nos importations en bien de consommation au détriment de la production des biens à exporter, à l’exception faite du pétrole. En même temps que notre nourriture dépend de lui, le pétrole excite les convoitises internes, incite à la vie facile, à la corruption et au relâchement des efforts productifs, à la prévoyance, et à la rigueur dans la gestion. C’est en ce sens que le pétrole se révèle être la grande malédiction de l’Algérie, et sans lequel la corruption serait moins ravageuse…

Ahmed Rouadjia est docteur d’État en histoire en sociologie politique, enseignant et chercheur associé au CNRS

Zerhouni, cité par El Watan, 3 février 2010, p.3.

Lire également: Entretien avec le Dr Ahmed Rouadjia : « L’Algérie est au bord de l’explosion » (+vidéo)

Source : http://www.algerie-focus.com

 

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