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 Sécurité dans la région sahélo-sahélienne - Richesses, vulnérabilité, calculs et convoitises

2/4/2010

West Sahel AfricaSécurité dans la région sahélo-sahélienne - Richesses, vulnérabilité, calculs et convoitises

L'Algérie a abrité le 16 mars dernier une réunion ministérielle regroupant 7 pays de la région sahélo-saharienne. Ce front parviendra-t-il à éloigner l'ingérence étrangère ?

Cette rencontre, qui a regroupé l’Algérie, la Libye, la Mauritanie, le Niger, le Mali, le Burkina Faso et le Tchad, est intervenue dans une conjoncture particulière, caractérisée par des tensions entre les pays de la région, en raison notamment du redoublement des actes terroristes perpétrés par des groupes, qui sont basés aux frontières, notamment algéro-maliennes. Sans oublier le coup d’Etat militaire au Niger. La réunion d’Alger s’est également déroulée un mois après la libération, par le Mali, de 4 islamistes revendiqués par l’organisation criminelle Al Qaïda du Maghreb (Aqmi), en échange de la libération d’un otage français, suspecté d’être un agent des renseignements français. Cette situation a créé un malaise entre Bamako et ses voisins algérien et mauritanien, qui ont aussitôt rappelé leur ambassadeur au Mali en guise de protestation. On retiendra de ces événements qu’ils ont permis aux groupes terroristes, grâce à l’aide de la France, d’imposer leurs conditions, et obtenu la libération de leurs complices, pourtant poursuivis par la justice algérienne et mauritanienne. Dans cette affaire, certaines sources ont vite établi le lien entre la volonté française de piéger le Mali en vue de l’isoler de ses soutiens stratégiques dans la région. D’autres, en revanche, ont fait le lien entre les immixtions de la France dans la région sahélo-sahélienne et la volonté de cette puissance de fragiliser l’Algérie pour, entre autres, s’imposer comme force incontournable dans le dossier du Sahel et peser dans celui du Sahara occidental. Un territoire qui, pour rappel, est pris en charge par l’ONU depuis plus de trois décennies en vue de sa décolonisation et qui est occupé illégalement par le Maroc, un des principaux poulains de la France. Dans ce cadre, on avance que les pressions exercées sur le Mali, un pays ayant reconnu la République sahraouie (RASD) depuis le début des années 1980, ont pour but essentiel de le contraindre à reconsidérer sa décision, surtout après l’échec de la proposition marocaine connue sous le nom de «plan d’autonomie». Sinon de le gagner à la cause de la «marocanité» du territoire sahraoui.

Enfin, la conférence ministérielle des 7 pays de la région s’est tenue dans un contexte de tentatives d’isolement diplomatique de l’Algérie et de pressions exercées principalement par les Etats-Unis et la France qui ont porté notre pays sur la liste des pays à risque terroriste, suivi par le travail de sape des nostalgiques de «l’Algérie française», à leur tête le parti de Le Pen.

Connexion entre terrorisme et crime organisé

La première action violente des islamistes au niveau de la bande sahélienne remonte, pour rappel, à l’année 2003. Aujourd’hui, embarqués sous la bannière de l’Aqmi, les djihadistes emploient de nouveaux modes opératoires, tels que les attentats suicides et les exécutions d’otages. Par ailleurs, les groupes d’Aqmi revendiquent l’enlèvement de ressortissants étrangers dans plusieurs pays voisins de l’Algérie. Plus récemment, soit le 8 mars dernier, Aqmi a revendiqué une attaque contre un poste militaire au Niger, ayant fait 8 morts selon les autorités nigériennes. C’est dire donc que les groupes d’Aqmi maintiennent de plus en plus une certaine pression dans la région.

A cela vient ensuite se greffer la connexion grandissante entre le terrorisme et le crime organisé. Sur ce registre, on soutient que même si Aqmi n’est pas impliquée directement dans les affaires de trafic, elle assure cependant sa protection aux contrebandiers en contrepartie d’une dîme sur la marchandise. A titre indicatif, le trafic des Marocains rapporte un chiffre d’affaires annuel de 900 millions de dollars, si l’on en croit le groupe français Altadis. Mais, le marché marocain n’est pas le seul concerné, puisque d’autres pays maghrébins, ainsi que l’Egypte et le Moyen-Orient sont également ciblés.

Avec les attaques terroristes d’Aqmi et les trafics en tout genre, cette région a ainsi ouvert la voie aux ingérences étrangères. D’aucuns vont jusqu’à dire que la recrudescence de la violence a fait courir le risque de voir le Sahel devenir une zone d’instabilité, pouvant même mener à une intervention occidentale, des Etats-Unis ou de l’Union européenne. Mais il ne faut pas se leurrer. Au nom de la lutte contre le terrorisme, de plus en plus de pays occidentaux viennent proposer leurs services. En plus du Commandement des Etats-Unis pour l’Afrique (Africom), des «propositions» européennes sont en effet avancées à certains pays du Sahel, considérés comme «fragiles» pour… libérer des terroristes. Les Européens, à leur tête les Français, voudraient, bien entendu, profiter de la vulnérabilité des pays pour s’y introduire durablement. On a même parlé de l’envoi de commandos européens qui viendraient «lutter contre le terrorisme» au Mali.

L’UE, pour rappel, a classé la bande du Sahel comme zone à faible résistance par rapport à la menace terroriste. Pour l’Espagne, présidente actuelle de l’Union, il faut impulser une véritable politique commune de sécurité dans cette région, qui n’est pas toujours contrôlée par ses propres gouvernements, tout en déployant une politique d’investissement. Autrement dit, l’UE veut monter une stratégie dans le Sahel, cette région stratégique qui réunit en fait le sud des pays maghrébins, le Mali et le Niger, en ayant un prolongement vers le Sénégal par la Mauritanie.

Une lutte sans concession contre le terrorisme

Dans son analyse, l’UE considère la Mauritanie, le Mali et le Niger comme les trois pays les plus fragiles. Ce qui expliquerait son inquiétude sur la situation du Sahel, qualifiée de menaçante, non seulement pour les Etats de la région, mais aussi pour l’Europe. D’où son insistance, quant au renforcement de la présence des Etats, la promotion du développement et de la bonne gouvernance, la lutte contre le trafic d’armes et de drogue, et la lutte contre la traite des êtres humains.

Mais, cette région intéresse également les Etats-Unis. Pour ce pays, la région s’est transformée en une base de repli des groupes terroristes et d’autres bandes criminelles, y compris les mouvements armés d’opposition. Convaincu par de tels arguments, Washington a alors mis en place un programme baptisé Pan Sahel Initiative (PSI) et, plus tard, l’Africom.

Aujourd’hui, des chercheurs et des experts des relations internationales n’excluent pas l’émergence de nouvelles logiques, chez certains pays et lobbies, ainsi que l’exploitation du contexte actuel en leur faveur, à commencer par l’instrumentalisation du phénomène du terrorisme. Surtout en l’absence d’un consensus international autour de sa définition. C’est dans ce cadre, qu’il faudra peut-être inscrire l’acharnement du Maroc et de ses alliés, notamment occidentaux, pour porter le Front Polisario sur la liste des organisations terroristes et clore définitivement le dossier de l’exigence référendaire.

Pour ce qui est de l’Algérie, celle-ci dispose de plus de 3700 km de frontières avec les pays du Sahel (principalement avec la Mauritanie, le Mali, le Niger et le Tchad). Par conséquent, elle est concernée directement par le sort réservé à la région sahélo-sahélienne. En janvier dernier, le ministre des Affaires étrangères, Mourad Medelci, a réitéré la position algérienne, à savoir que la solution aux problèmes du Sahel est entre les mains des gouvernements et populations des pays de la région. Lors d’une émission télévisée, le diplomate a révélé que le Sahel est un groupe de pays qui «dispose de richesses naturelles» et qui doit gérer ses problèmes, sans ingérence extérieure. Par richesses naturelles, il faut comprendre l’immense potentiel pétrolier, gazier et minier (or, uranium), assez suffisant pour susciter l’intérêt croissant de l’UE et des États-Unis.

Dernièrement, le chef de la diplomatie a témoigné, devant ses homologues de la région, de l’importance des enjeux de sécurité, de paix et de développement dans la région sahélo-saharienne. D’après M. Medelci, l’instauration d’une coopération frontalière efficace et multiforme exige à la fois une lutte sans concession contre le terrorisme et le lancement d’actions concrètes, pour améliorer les conditions de vie des populations et renforcer le tissu social dans les zones démunies.

Il est clair que la sécurité dans le Sahel est avant tout l’affaire des pays de la région. Depuis le 16 mars, les pays concernés ont franchi un premier pas, en instaurant un dialogue de haut niveau et en coordonnant leurs efforts pour venir à bout des fléaux qui affectent la région. Ils ont également interpellé les Nations unies sur le respect de leurs résolutions à ce sujet et de leurs engagements. En plus clair, la coordination mondiale, si nécessaire dans la lutte antiterroriste, ne saurait justifier les ingérences, de quelque nature que ce soit. D’ailleurs, la réunion des chefs d’état-major et des responsables de la lutte antiterroriste des pays du Sahel, prévue en avril prochain, correspond à la démarche développée par l’ONU et l’Union africaine. Le nouveau front constitué parviendra-t-il à réaliser ses objectifs ? La bataille ne fait que commencer.

Par Z’hor Chérief.


Source : http://www.lesdebats.com

Tags : Sahel Africom
Category : INSTABILITE ET GUERRES DANS LE MONDE | Write a comment | Print

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